Une ivresse relative

La Coupe du monde a démarré, ça y est. La Belgique participe à son troisième grand tournoi consécutif (première depuis 1998, 2000, 2002) et l’engouement n’est pas à son paroxysme. Paradoxalement, ce n’est peut-être pas une si mauvaise chose. Explications en quatre actes.

Acte premier : la présélection

21 mai 2018: la Belgique tremble. Radja Nainggolan ne fait pas partie de la liste des présélectionnés pour la Coupe du monde en Russie. Une demi-surprise, il faut bien se l’avouer. Dans le contexte de l’époque, cette décision a pourtant provoqué un tsunami de réactions négatives. Certaines allant même jusqu’à réclamer la tête du sélectionneur fédéral.

Pour le coup, il est vrai que se passer d’un tel joueur a de quoi surprendre, voir créer l’incompréhension totale. Ce cas divise et c’est bien légitime vu les circonstances. Le joueur ayant été rappelé lors du dernier rendez-vous des Diables, il aurait pu se dire que sa place était acquise. Mais au moment du choix pour le grand voyage, Martinez décide de ne pas le prendre et évoque des raisons tactiques. En termes de communication, on peut dire que l’affaire n’a pas été gérée de main de maître. On sent que quelque chose se cache derrière cette décision et que tant que l’on ne saura pas quoi, la décision fera débat et le supporter se sentira dupé.

On ne pourra pas lui enlever d’être logique dans son raisonnement puisque depuis son arrivée, il évoque ces mêmes raisons tactiques pour ne pas reprendre le milieu romain. Toujours est-il que se priver de ce type de joueur est dommageable, quitte à faire une petite entorse à la tactique et s’adapter au joueur.

Thread à dérouler pour bien saisir comment Nainggolan ne s’insère pas tactiquement dans le système de Martinez :

Tout le monde ne l’entend pas de cette oreille et un vent de pessimisme envahit le pays. Une fronde se crée contre le coach et sa décision impopulaire. Un coach qui, sportivement, n’a pas grand-chose à se reprocher pour le moment. L’émotion et l’affectif prennent le dessus. Comme souvent en football. Mais la sentence est irrévocable et il faut avancer.

Acte 2: Portugal et sélection

Dans un climat déjà morose et assez clivant envers nos Diables, une autre affaire va faire grand bruit. Le fameux « matelas gate » sème la discorde et crée encore un peu plus de tension. Cette histoire belge est trop invraisemblable pour être prise au sérieux. C’est facile à dire maintenant, certes, mais on ne peut pas imaginer l’Union belge ni la firme qui fabrique ces matelas, consciente de ce que représente le dévoilement de ces noms, laisser faire cette équipe de télé. Finalement, elle n’aura pas d’incidence sur le choix final. En tout cas en apparence.

Vint ensuite un match de préparation face au Portugal qui lui aussi va réduire la passion autour des Diables. Une rencontre inquiétante pour certains, utile pour d’autres. Il est vrai que le supporter occasionnel peut se sentir frustré de s’être déplacé au stade pour un match de moyenne facture, tandis que le fan de salon n’a pas vu de but et doit se contenter d’un pâle 0-0. Avec du recul, ce match nul face au champion d’Europe ne fait pas tache et porte bien son nom de « match de préparation ». Les joueurs se retrouvent, des tests sont effectués et c’est le redémarrage pour tout le monde. De plus, une victoire 3-0 n’aurait sans doute pas été très riche en enseignement. Un match avec des défauts permet de ne pas se voiler la face et de redoubler de travail pour la prochaine échéance. Pour en remettre une couche, Kompany sort blessé, ce qui a le don de raviver de vielles plaies et met encore du bois dans le feu de la bougonnerie.

Le lundi matin qui suit, Martinez décide de convoquer non pas 23, mais 24 joueurs pour pallier l’éventuelle absence de Vermaelen ou Kompany. Un choix qui ne fait pas autant de vague que l’épisode Nainggolan, mais qui pose tout de même question. En effet, la présence de Laurent Ciman avec les joueurs jusqu’à la veille du premier match risque de rendre encore plus dure sa probable absence pour la suite, vu la récupération des défenseurs centraux. Ciman en semble conscient et acceptera la décision avec professionnalisme.

Acte 3: Égypte et Costa Rica

Les préliminaires se poursuivent et l’heure du deuxième match, face à l’Égypte, sonne déjà. Grosse surprise au coup d’envoi cependant: la présence de Laurent Ciman. Cela voudrait dire que l’on estime que Kompany ou Vermaelen ne sera pas prêt à temps et qu’on prépare donc Ciman dans son rôle de substitut. Mais quid de Boyata dans ce cas, qui semblait être troisième dans la hiérarchie, est-il lui aussi incertain ? Sa montée au jeu répondra à cette deuxième question. Finalement, cette titularisation reste assez incompréhensible et peu professionnelle. Sans remettre en cause les qualités de Ciman, elle n’avait pas lieu d’être et ressemblait fort à une récompense pour la mentalité du défenseur de la cité des anges. Quoi qu’il en soit le match est bon et les Diables s’imposent 3-0, face à des Égyptiens peu dangereux offensivement et privés de leur star. Une victoire satisfaisante qui remet un beau de baume dans le coeur de nombreux supporters.

Le Costa Rica est la prochaine équipe à se mettre sur la route des Diables. Moins de surprises au coup d’envoi puisque c’est Boyata qui remplit son rôle de back-up. Même si la bande à Roberto encaisse le premier but, elle réagit bien en reprenant l’avance avant la mi-temps, avant de planter deux nouveaux buts. Score final 4-1 et une passion retrouvée. Dans les tribunes et sur les comptoirs. Il faut dire que la performance sur le terrain met tout le monde d’accord. Notre danseur de ballet national, Eden Hazard, régale et s’amuse. Dans les tribunes on fait la fête et tout le monde reprend confiance en son équipe nationale qui est véritablement montée en puissance durant ces trois matches amicaux et préparatifs pour la Coupe du monde. Les Diables sont prêts.

Acte 4: le tournoi


Si le négativisme ambiant depuis que les Diables se sont rassemblés s’est estompé au fil de la préparation, on sent qu’il pourrait rapidement revenir à la charge dès la première contre performance. Le suiveur étant devenu terriblement sévère avec les siens.

Comme si du jour au lendemain le supporter belge était passé du suffisant à l’arrogant outre mesure en brandissant un classement Fifa aussi gazeux que le Coca-Cola. Comme si la naïve euphorie de 2014 avait progressivement laissé la place à un perfectionnisme exacerbé poussant à une certaine impatience.

La Belgique n’est pas, et ne sera jamais le Brésil ou l’Allemagne (il faudra sans doute battre un des deux pour aller en demi, tiens tiens) en termes de puissance footballistique. Ce que le peuple attend c’est de pouvoir exploiter cette même puissance footballistique éphémère de ses joueurs et la Russie est probablement la dernière occasion de le faire. C’est pour cela que les attentes sont énormes. Le propos peut sembler paradoxal. Comment ne pas être exigeant avec une génération qui l’impose. Car exigence ne veut pas dire négativisme. Il faut être conscient de ses capacités réelles et avoir un minimum d’ambitions. Pour aller au bout, il faudra se dépasser à un moment ou l’autre. Mais de grâce, ne brûlons pas les étapes.

Le football est le fruit de grandes déceptions, comme ce fut le cas contre le Pays de Galles. C’est d’ailleurs à ce moment-là que quelque chose s’est cassé. Pour recoller les morceaux, une campagne qualificative réussie pour le mondial de 2018 n’aura pas suffi.

Le tout est d’y croire à fond, de se réjouir quand la victoire est là, mais aussi d’accepter son sort quand la  défaite survient. L’engouement est moins fort qu’en 2014 et la préparation a connu des remous. Pourtant, les Diables semblent plus affûtés que jamais et le fait d’arriver dans un tournoi avec un poil moins d’attentes pourrait leur être bénéfique. À l’image des semaines ayant précédé le mondial, espérons que la Belgique monte en puissance au fil de la compétition et qu’il en soit de même pour la liesse populaire.

Comme le résume bien Roberto Martinez lui même:

« On ne peut pas demander que la Belgique gagne la Coupe du Monde, mais on peut espérer qu’elle la gagne. Ce serait injuste de leur demander de gagner la Coupe du Monde. »

Être capable de et devoir sont deux notions bien différentes. À la veille de l’entrée en lice dans ce grand tournoi, le Belge attend son heure. Il ne sait pas de quoi le futur sera fait, mais se doit d’être positif et constructif avec son équipe. Car il se pourrait bien que quelque chose d’énorme se prépare en coulisse.

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