En rouge et mauve

Il y a deux ans jour pour jour, le 26 janvier 2015, nous écrivions ces lignes à propos du fameux tifo et du transfert de Defour, ancien du Standard, vers Anderlecht. L’ambiance en Pro League était morose et deux ans plus tard nous avons peur de revivre la même situation. Deux ans plus tard Duchâtelet n’est plus. Mais la stabilité n’a pas été retrouvée, loin de là. Pire, le transfert de Trebel est encore frais. Encore pire, il s’est fait directement de Liège à Bruxelles, sans escale. Mais les supporters rouches ne semblent pas avoir la même haine pour le cas Trebel que pour le cas Defour. En tout cas, on ne veut pas revivre pareille situation. Pour le bien du foot.


Voici ce qui était écrit le 25 janvier 2015 :

« Comme souvent dans pareil cas, il est bon de ne pas réagir à chaud et de prendre un peu de recul par rapport aux événements. Contexte actuel ou pas, ce genre d’image, soi disant taquine, n’ont pas leur place dans un stade de foot. C’est clair que ce contexte d’insécurité dans lequel vit l’Europe a servi de catalyseur dans les réactions provoquées par ce tifo. Mais attention à ne pas tout mélanger. Certains crient à la liberté d’expression, ces mêmes personnes qui semblaient en ignorer la signification jusqu’ici. La liberté d’expression n’est pas un permis à la connerie. Sans cautionner, essayons de comprendre comment certains supporters peuvent en arriver là.

Le transfert de Steven Defour a fait mal. Il était un des artisans et le capitaine des deux titres du Standard. Une icône en terre mosane. C’est dès lors compréhensible que le fait de le voir jouer chez le club rival a de quoi frustrer certains fans. Mais pourquoi devoir haïr l’autre club ? Personne ne nous y oblige. Pourquoi être anti ceci ou anti cela ? Quand on achète un abonnement dans un club il n’est inscrit nulle part que l’on doit détester un club rival. Sans oublier que cette rivalité est surtout alimentée par certains médias qui n’hésite pas à jeter de l’huile sur le feu à l’approche du match opposant Anderlecht au Standard. Alors de grâce, cessons cet esprit de clocher qui veut que l’on se sente obligé de détester tout ce qui touche à l’autre club et se sentir obligé de haïr un joueur parce qu’il ne joue plus pour le club que l’on supporte. C’est de la pure bêtise. Dans le football moderne cela n’a plus de raison d’exister. Le foot des clubmens c’est, malheureusement, terminé. C’est évidemment regrettable et tous les amateurs de foot préfèrent évidement cette époque où les transferts à coup de millions étaient rares. Mais le sport a changé, l’argent l’a infecté à tous les niveaux. Les joueurs sont devenus des employés qui changent d’entreprises pour des besoins humains, sportifs ou financiers. Si Defour est revenu en Belgique ce n’est pas pour l’argent. Peut être son employeur lui manquait de respect, peut être voulait-il revenir près de ses proches ou peut être voulait-il tout simplement exercer sereinement son métier. C’est à dire jouer au football. Dans ses conditions il n’y pas de raisons de déverser sa haine sur quelqu’un qui fait un choix de carrière pour son bien. Le footballeur professionnel a une vie après celle du foot. Ils doivent y penser aussi. Alors on peut s’entêter à le haïr parce qu’il joue pour un club qu’on s’est entête à détester. Ou on peut se remettre en tête les bons moments vécus avec le titre ou devenir un robot qui crache systématiquement sur ce même joueur qui l’a fait rêver. C’est comme lors d’une rupture, vous pouvez choisir de haïr la personne qui vous quitte pour le restant de vos jours, ou bien vous gardez les bons moments et vous allez de l’avant. Dans le cas Defour c’est pareil, choisissez votre camp.

Voila le premier élément qui peut expliquer ce tifo. On vient de voir que déjà là, il ne devrait pas avoir lieu d’être puisque le foot moderne est ce qu’il est. Le deuxième élément par contre est beaucoup plus compréhensible pour tout amateur de foot et surtout pour les fans du Standard. Il y a un climat qui règne depuis quelques années déjà en bord de Meuse. Climat de morosité et de frustration quasi constante. La raison est simple : Roland Duchâtelet. Attention, il n’est pas responsable de tous les maux sur terre mais sa gestion et sa politique ne colle absolument pas à l’image du club. On pourrait évoquer ce problème beaucoup plus longuement mais ce n’est pas la question du jour. Simplement dire que ce climat peut aussi être pris en compte lorsque qu’on évoque les événements d’hier. On a souvent qualifié les supporters du Standard comme les meilleurs de Belgique. Probablement à raison, mais ces derniers temps certains (pas tous) ont montré des choses inacceptables. Les sièges lancés et le match arrêté contre Zulte par exemple. Mais cette colère est, elle, légitime. On s’en prend à leur club, leur institution. C’est triste car les esprits qui réfléchissent vite font l’amalgame avec, d’une part tous les supporters du Standard et d’autre part tous les amateurs de foot. Paradoxal quand on sait que la majeure partie du public n’approuvait pas de telles manifestations de violence.

Pour en revenir au tifo, il est de mauvais goût, point. Il ne faut pas avoir fait histoire de l’art pour s’en rendre compte. Pourquoi ne pas faire des tifos « pro » et pas comme souvent « anti »? Pourquoi ne pas mettre en avant son club et ses qualités? Pourquoi ne pas utiliser le vrai second degré et l’humour pour taquiner l’adversaire du jour?
Regardez Dortmundtifo, les tifos sont à la gloire des joueurs, de l’équipe, des ambitions du club. Parfois une tête de mort mais pas associée aux visiteurs. En Espagne, c’est souvent le blason du club qui arbore tout le stade, ou des messages de soutien (Força Tito!, au Barça) mais pas de haine envers le rival. En Angleterre ils sont même rares, cela ne les empêche pas de bien jouer au foot. Après tout c’est quand même pour ça qu’on se déplace au stade.  »

Et comme dit le proverbe chinois (coucou Axel) : « L’amour des siens n’est pas la haine des autres ».

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