Le décalage actuel du football hongrois

Malgré une élimination au stade des huitièmes de final contre nos Diables Rouges, l’équipe nationale hongroise a déjoué tous les pronostics lors de l’Euro 2016 en finissant première de son groupe devant… un certain Portugal, futur champion d’Europe. Mais la sélection a cependant déjà connu un glorieux passé. Dès lors pourquoi un tel étonnement et une situation aussi contrastée ? 

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En 2016, la Hongrie en a surpris plus d’un. En partant des joueurs quasiment inconnus du grand public au gardien Király au look atypique, les huitièmes de final reste un excellent résultat pour les Magyars. Mais il s’agit pourtant là d’un parcours héroïque pour une nation qui ne considère guère de nos jours le football comme pilier sportif, ou en tout cas plus comme auparavant. En effet, le sport actuellement le plus populaire est le waterpolo, suivi du handball. Cependant, le football hongrois a connu son ‘âge d’or’ et a fondamentalement changé l’histoire du football.

L’âge d’or

Dans les années 50, dans l’après-guerre, la Hongrie a produit une équipe qui a dominé le football international pendant plusieurs années. Avec Bozsik, Puskas, Kocsis, Hidegkuti ou  encore Csibor, ce pays avait une très forte tradition de qualité technique. La Hongrie est entrée un peu plus dans la légende le 25 novembre 1953, en étant la première sélection non-britannique victorieuse de l’Angleterre sur son propre terrain.

Au marquoir du grand Wembley s’affichait le score de 6 buts à 3. La Hongrie confirma son statut de grande favorite de la Coupe du monde de 1954, disputée en Suisse, en dominant la compétition. Elle accumula les victoires et les buts : 9-0 contre la Corée du sud, 8-3 contre l’Allemagne (RFA), 4-2 contre le Brésil et 4-2 et après prolongation contre l’Uruguay en demi-finale. Mais, contre toute attente, elle perdit en finale, sur le score de 3-2, contre l’équipe d’Allemagne qu’elle avait aisément écrasée au premier tour.

pa-4156069.jpgCette défaite fut considérée comme injuste par l’opinion sportive internationale, avant même que des rumeurs de dopage entachent la performance de l’équipe allemande. Cela n’a rien enlevé au mythe naissant de la Hongrie. Au contraire, la défaite fut considérée comme un ‘’miracle’’ pour le public allemand. Ce qui aurait pu être un assemblage d’individualités d’exception produisit une équipe qui révolutionna le jeu collectif. Elle mit en place une organisation, le 4-2-4, qui remit en question le système ‘WM’ dominant en Europe, basé sur le marquage individuel. Sur le plan technique, l’équipe hongroise a représenté un changement d’époque, confirmé par le Brésil en 1958.

Quand la guerre froide entre en jeu

Puis est survenu en novembre 1956 le mouvement insurrectionnel de Budapest, suivi de la répression menée par l’armée soviétique. Cet événement a marqué à jamais la fin de l’équipe. Malgré les injonctions du gouvernement hongrois et de la FIFA, plusieurs joueurs restèrent définitivement à l’ouest. A l’instar de Carlos Caselli avec Pinochet au Chili, les grands talents hongrois ont préféré la liberté politique aux crampons pour leur nation.

Mauvais timing

Mais il y a aussi une autre raison qui nous a fait oublié plus facilement le passé footballistique Magyar. Il faut aussi se souvenir que la fin de cette équipe correspond aux débuts de la télévision comme phénomène de masse. La sélection de Hongrie fut donc la dernière grande équipe internationale dont seuls les spectateurs au stades ont pu visionner. Hormis le match de Wembley commercialisé en Grande-Bretagne via cassette, cette absence d’images n’a cependant pas amenuisé à la légende.

Le cas Orbán

De nos jours, football hongrois rime avec politique. En autre Viktor Orbán, le controversé Premier ministre nationaliste hongrois, tente d’unir ses deux passions : la politique et le football. L’étudiant progressiste qui militait pour la chute du communisme a longtemps joué pour des clubs amateurs.  En 2007, il inaugura l’Académie Puskas, baptisée d’après le joueur légendaire Ferenc Puskas (Voir plus haut).

PLATINI, Michel; Orbán ViktorOrbán s’est aussi lancé dans la construction de sept stades. Coût total : 150 millions d’euros payés par l’Etat. Mais aussi, une loi de 2011 offre en effet des abattements fiscaux aux entreprises qui financent le sport. Pas moins d’un milliard d’euros ont ainsi été versés par les entreprises entre 2011 et 2016, et un tiers de cette somme est allée au football. En Hongrie, on compte certes quelques mécènes privés mais les sponsors les plus généreux sont les entreprises publiques, propriété à 100% de l’Etat et la télévision d’Etat verse chaque année plus de 11 millions d’euros à la Fédération hongroise de football pour les droits de diffusion.

Dans quel but ? Pour des stades méprisés par le public, avec un taux moyen d’occupation de seulement 17% en moyenne. Des gens s’enrichissent dans tout ça : les oligarques proches du pouvoir raflent les contrats de construction. L’opposition les soupçonne de reverser des pots-de-vin au parti d’Orbán. Et si le Premier ministre a écarté les hooligans, en imposant aux clubs d’enregistrer leurs supporteurs, il n’a pas encore réussi à attirer un public familial.

Aujourd’hui

A l’heure d’aujourd’hui, le championnat hongrois ‘OTP’ est bien en-dessous de notre ‘Jupiler Pro League’. Douze équipes s’y affrontent en matchs aller-retour. À la fin de la saison, le champion est qualifié pour les tours préliminaires de la Ligue des champions de l’UEFA, tandis que le second et le vainqueur de la coupe de Hongrie accèdent à la Ligue Europa. Autant dire que la visibilité sur le niveau européen n’est pas élevée, surtout que les préliminaires leurs sont souvent synonymes de défaites.

Au niveau de l’équipe nationale, un engouement a repris forme avec le dernier Euro mais les performances ne sont pas encore assez stables. D’autant plus qu’il ne sont actuellement que troisièmes dans les poules pour la Coupe du Monde 2018 en Russie derrière le Portugal et la Suisse.

Soit plus de 50 ans après ses exploits, le football hongrois a perdu sa grande qualité d’antan. Mais le mythe subsiste et cette équipe est décrite comme le symbole de la plus belle époque de toute l’histoire du football.

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